Habiter

Habiter a été créé le 11 décembre 2007 au Théâtre des Deux Rives à Rouen, dans le cadre du Festival Corps de Textes, dans une mise en scène de Patricia Allio avec Pierre Maillet, jouée en portugais au Théâtre Campo Alegre de Porto en février 2008 et en italien à Milan en avril 2008 au Festival Danaé. Il a fait l’objet d’une publication bilingue aux Editions Christophe Chomant.

Dix ans après, toujours par Patricia Allio et avec Pierre Maillet, le texte a été retravaillé, puis repris et recréé au Festival Terre de Parole à Rouen le 14 avril 2018.

Avec Emmanuel Valette, en création lumière, collaboration scénographique et photographe

HABITER

La performance Habiter s’appuie sur le texte du même nom : c’est un monologue porté par l’acteur Pierre Maillet, revisitant le genre de la conférence et intégrant autant de digressions philologiques en apparence fantasques, que d’illustrations documentaires empruntées à l’actualité récente ou à l’histoire de l’art. Dans cette conférence / performance,  l’auteure et Pierre Maillet s’attachent à défaire une conception fixiste, normative et naturaliste de la dualité des genres, pour penser le caractère mutable et pluriel de l’identité, celle-ci devant s’entendre comme un processus performatif de construction et de déconstruction du moi. C’est en cela qu’on peut parler d’une conférence « queer ».

Du rejet de l’hétéronormativité à la pensée queer

« Conférence Queer »… En effet Habiter s’inscrit dans ce courant queer qui constitue l’une des pensées révolutionnaires de la fin du XXème siècle. La pensée « queer », en réaction contre la pensée « straight », questionne la possibilité d’un troisième genre. Elle problématise et politise le corps, ainsi que les rapports savoir-pouvoir qui l’accompagnent. L’intérêt salvateur et subversif de la pensée queer s’attache à décrire et à écrire comment les catégories traditionnelles qui pensent les identités sexuelles de manière binaire se cristallisent dans des rapports socio-politiques, qui in fine, se désagrègent

Si le texte s’attaque à la conception binaire du genre, de manière plus générale il critique l’hétéronormativité dominante et tente de déconstruire l’idéologie qui conduit à concevoir la sexuation à l’aune d’une différenciation sexuelle ancrée biologiquement, et qui sert  aussi souvent à justifier un monde conservateur et les rapports de domination et de stigmatisation qu’il implique. La performance s’appuie tout au long de la conférence sur un diaporama qui revisite les formes contemporaines de ces pensées et débats, notamment en 2013, lors des manifestations qui se sont tenues en France contre le Mariage pour Tous

Habiter, un style argumentatif

Avec Habiter, il s’agit de toucher la jubilation, celle de penser librement, en donnant à expérimenter au spectateur-auditeur une relation nouvelle avec la découverte des idées et des liens logiques entre elles. Le mode jubilatoire s’ancre dans l’expérience des glissements successifs d’une idée à une autre, grâce aux jeux homophoniques. La déduction s’opère sur un mode fou et absurde, puisque la prémisse sur laquelle repose l’ensemble de l’argumentation est une fantaisie de jeux de langage. L’argumentation joue sur le vrai / faux et les glissements de significations ancrés dans ces jeux de langage. Le texte démontre et interroge, et s’il a recourt aux procédés argumentatifs traditionnels, tels que la déduction, l’induction, et l’exemplification ; à la différence d’un texte philosophique académique, la prémisse des diverses conclusions ou implications est une fantaisie philologique. C’est une forme d’ironie à l’égard de la pratique française de l’étymologie qui est souvent appréhendée comme un mode opératoire de pensée ayant une valeur intrinsèque.

De la philosophie du nomadisme à la liberté de circulation

Outre la question de genre, c’est l’importance politique du nomadisme qui est au cœur de ce texte, où peu à peu sont dévoilés les liens qui existent entre le mode d’habitation, l’architecture, et l’identité sexuelle mutante.

Habiter a donc  une visée et une portée hétérotopique, c’est-à-dire une visée d’utopie réalisée. Dès la première phrase, un parallèle est développé entre l’émergence d’une identité queer au XXème siècle et le développement des architectures mobiles. La nomadologie – science du nomade – aurait des répercussions effectives à la fois sur notre conception de l’identité personnelle et sur celle de l’habitat. D’où le choix scénographique et dramaturgique d’intégrer dans la performanceHabiter pense les liens entre inscriptions identitaires et relation à la mobilité ou sédentarité. Le parallèle investi consiste à subvertir nos catégories empreintes d’un certain statisme ou normativisme à l’égard de la maison, de la ville, en lien avec une certaine détermination et distribution genrée des identités. Naturalisme et artificialisme sont discutés à l’aune de la remise en question de la version duelle des genres.

L’approche binaire et normative de la nécessaire différenciation sexuelle est rapportée à des modes d’habitation spécifiques, à une certaine conception fixiste et stable de l’habitat, à rebours de la philosophie du nomadisme qui invite au décloisonnement.

No Borders

Dans une veine néo-situationniste, Habiter entraîne la pensée à la considération positive de la mobilité. Mais au vue des politiques néo-fascistes menées depuis une quinzaine d’année, et plus violemment les trois dernières années, par les états européens dits démocratiques, la réflexion sur le nomadisme prend une inflexion et une dimension toute nouvelle.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s